19 % seulement : cette étude révèle pourquoi les femmes peinent encore à atteindre les sommets de la science
Les femmes représentent près d'un tiers des chercheurs dans le monde, mais seulement 19 % des membres des académies nationales des sciences. Un rapport international portant sur plus de 130 in...

L'égalité entre les sexes reste hors d'atteinte dans le monde universitaire, et l'écart se creuse à mesure que l'on s'élève dans la hiérarchie. Il devient particulièrement net dans les académies des sciences, ces institutions prestigieuses au cœur des systèmes scientifiques nationaux, et dans les unions scientifiques internationales qui représentent les communautés disciplinaires. Or ces instances définissent les agendas de recherche, consacrent l'excellence et conseillent les gouvernements.
Un tiers des chercheurs, un cinquième des académiciens
Selon l'Unesco, les femmes représentaient 31,1 % des chercheurs dans le monde en 2022, contre 29,4 % dix ans plus tôt. La répartition varie fortement selon les domaines : un quart, voire moins, en ingénierie et en technologie, une parité globalement atteinte en sciences sociales et humaines.
Cette présence dans les effectifs ne se traduit pas mécaniquement par un accès aux fonctions dirigeantes.
En 2025, les femmes composaient en moyenne 19 % des membres des académies nationales des sciences. La progression est réelle, puisque les études antérieures relevaient 12 % en 2015 et 16 % en 2020. Elle reste toutefois très en deçà de leur poids dans la communauté scientifique mondiale.
Cette moyenne dissimule par ailleurs des écarts considérables. Certaines académies comptent moins de 5 % de femmes parmi leurs membres, d'autres approchent les 40 %.
Les unions scientifiques internationales présentent un profil différent. Chargées de structurer leur discipline, d'organiser les congrès et de décerner des prix, celles ayant répondu à l'enquête comptent en moyenne 40 % de femmes à leurs postes de direction. Les progrès y demeurent inégaux, et de fortes disparités disciplinaires persistent, notamment pour les prix les plus prestigieux.

Ce que révèle le rapport
Ces données proviennent d'un rapport publié en 2026 par l'International Science Council, l'InterAcademy Partnership et le Standing Committee for Gender Equality in Science, qui prolonge des travaux menés en 2015 et 2020.
Il s'appuie sur des données issues de plus de 130 académies et unions scientifiques internationales, complétées par une enquête menée auprès de près de 600 scientifiques et par des entretiens qualitatifs.
L'enjeu dépasse la seule question de l'équité. La légitimité de la science tient en partie à la capacité de ses institutions à refléter la diversité de la communauté qu'elles représentent. Ce point pèse d'autant plus dans un contexte de défis globaux, du changement climatique aux pandémies, où la confiance du public envers la science demeure fragile.
L'effet de vivier n'explique pas tout
L'explication la plus courante invoque un décalage temporel. Moins de femmes ayant intégré certaines disciplines il y a plusieurs décennies, elles seraient aujourd'hui moins nombreuses à remplir les conditions d'éligibilité aux nominations et aux prix.
Ce mécanisme joue, tout comme les écarts traditionnels entre disciplines. Il ne rend pourtant pas compte de l'ensemble du phénomène.
La plupart des organisations affirment appliquer des procédures ouvertes et fondées sur le mérite. Les données montrent néanmoins que les femmes sont systématiquement moins présentes dans les listes de nominés que dans le vivier des scientifiques éligibles.
Le rapport oriente donc l'analyse vers les procédures elles-mêmes. Qui peut soumettre une candidature ? Comment les profils qualifiés sont-ils identifiés ? Les critères sont-ils rendus publics ? Quelle place occupent la réputation et les réseaux informels ?
Un chiffre éclaire ce point. Dans 90 % des académies interrogées, la nomination repose sur les membres déjà en place. Lorsque ces membres sont majoritairement des hommes, la procédure reconduit mécaniquement le déséquilibre existant, sans qu'aucune discrimination explicite ne soit nécessaire. Les réseaux de parrainage informels et les mécanismes de visibilité professionnelle orientent le choix des candidatures, si bien que l'évaluation se trouve façonnée par des dynamiques sociales et institutionnelles autant que par les réalisations individuelles.
Participer autant, progresser moins
Le volet qualitatif apporte un éclairage complémentaire.
Les femmes qui rejoignent ces organisations déclarent y participer à un niveau comparable à celui des hommes : elles siègent dans les comités, assistent aux réunions, contribuent aux activités. Cet engagement ne se traduit pas pour autant par une progression ou une reconnaissance équivalentes.
Les écarts déclarés sont marqués. Les femmes signalent trois fois plus souvent que les hommes des obstacles à leur avancement au sein de leur organisation. Elles sont 4,5 fois plus nombreuses à déclarer manquer des événements importants en raison de leurs responsabilités familiales. Et lorsqu'elles y assistent, elles rapportent six fois plus fréquemment ne pas se sentir en mesure de participer à égalité.
Elles font également état, 2,5 fois plus souvent, d'expériences de harcèlement ou de microagressions dans le cadre de ces activités. Leur confiance dans la transparence des processus de sélection et dans les mécanismes de signalement apparaît moindre.
Face à ces contraintes, des stratégies se sont développées : constitution de réseaux exclusivement féminins, investissement dans l'engagement international pour contourner les contraintes des cultures locales, plaidoyer collectif. Le rapport les juge efficaces et recommande aux organisations de les encourager.
Ce qui fonctionne
Les auteurs ne préconisent ni modèle unique ni objectifs chiffrés uniformes, la diversité des organisations scientifiques rendant une telle approche inopérante.
Un constat ressort néanmoins des études de cas : dans les académies ayant révisé leurs règles et leurs structures formelles, les progrès en matière de représentation se sont révélés plus durables.
Les actions de sensibilisation et d'encouragement, prises isolément, produisent en revanche des effets limités. Dans la plupart des organisations, les mesures en faveur de l'égalité manquent de structures dédiées, de mandats formels, de budgets et de dispositifs de suivi.
La conclusion du rapport est explicite : la sous-représentation des femmes dans la gouvernance scientifique ne tient pas à un déficit de compétences. Elle traduit des pratiques institutionnelles héritées de cultures façonnées par des communautés scientifiques longtemps dominées par les hommes.

