25 millions de personnes touchées par Parkinson en 2050 : voici la piste qui change la donne
25 millions : c'est le nombre de personnes que la maladie de Parkinson pourrait toucher dans le monde d'ici 2050, contre 11,8 millions en 2021. Aucun traitement ne guérit encore cette pat...

Fin avril 2026, Cristine Alves Da Costa, directrice de recherche à l'Inserm et responsable de l'équipe Alzpark à l'Institut de pharmacologie moléculaire et cellulaire (CNRS, Université Côte d'Azur), a publié des travaux éclairant un mécanisme longtemps ignoré dans la maladie de Parkinson.
Ces recherches révèlent comment trois protéines interagissent pour provoquer une accumulation toxique fatale aux neurones, et pourquoi cette découverte pourrait changer l'approche thérapeutique actuelle, encore trop centrée sur les symptômes.
Dopamine, neurones et protéines toxiques : ce qui se passe vraiment dans le cerveau
La maladie de Parkinson prend racine dans la substance noire, une zone du cerveau qui héberge des neurones dopaminergiques. Ces cellules produisent la dopamine, molécule indispensable au contrôle des mouvements, à la motivation, à l'attention et à la régulation émotionnelle. Quand elles dégénèrent, la production de dopamine s'effondre.
Résultat : tremblements, rigidité musculaire, lenteur des gestes. Mais la maladie déborde largement du cadre moteur. Perte de l'odorat, constipation, dépression, troubles cognitifs... : ces signaux « non moteurs » compliquent souvent le diagnostic précoce, pourtant essentiel pour freiner la dégradation.
Les traitements actuels reposent principalement sur la L-DOPA, un précurseur de la dopamine. Efficaces sur les symptômes, parfois de façon spectaculaire, ils ne ralentissent pas la progression de la maladie. Pour aller plus loin, il faut comprendre ce qui se passe à l'intérieur même des neurones.
C'est précisément là qu'intervient un trio de protéines au cœur des recherches de l'équipe Alzpark :
- L'alpha-synucléine : protéine normalement protectrice, elle devient toxique lorsqu'elle s'agrège en amas à l'intérieur des neurones.
- La parkine : elle favorise l'élimination des protéines en excès, mais possède aussi une fonction de régulation génique découverte en 2009.
- La glucocérébrosidase : enzyme chargée de dégrader l'alpha-synucléine et d'autres déchets cellulaires.

La parkine au centre de tout : un dérèglement en cascade
La vraie surprise vient de la parkine. Longtemps, on pensait qu'elle n'avait qu'une seule mission : éliminer les protéines défectueuses. En 2009, l'équipe de Cristine Alves Da Costa a démontré qu'elle contrôle aussi l'expression de certains gènes. Une découverte qui bouscule les certitudes établies.
Lorsque la parkine est altérée, que ce soit par des mutations génétiques, le vieillissement ou d'autres mécanismes, c'est toute une chaîne de réactions qui se dérègle. Elle ne régule plus correctement la production d'alpha-synucléine. Celle-ci s'accumule alors sous forme d'agrégats toxiques dans les neurones dopaminergiques.
Mais ce n'est pas tout. La parkine défaillante réduit également l'expression du gène de la glucocérébrosidase. Or, sans cette enzyme en quantité suffisante, la cellule perd une grande partie de sa capacité à éliminer les déchets protéiques. L'alpha-synucléine toxique s'accumule encore davantage, accélérant la mort neuronale.
Ce mécanisme en cascade explique pourquoi les formes génétiques et sporadiques de la maladie de Parkinson partagent des caractéristiques communes, et pourquoi la piste de la parkine intéresse aussi les chercheurs qui travaillent sur la maladie d'Alzheimer, où des dysfonctionnements similaires de la machinerie cellulaire sont observés.
La prochaine étape pour l'équipe Alzpark consiste à mesurer précisément la part de la parkine dans la régulation directe et indirecte du gène de l'alpha-synucléine. Ces résultats, en cours de publication, pourraient déboucher sur des traitements ciblant enfin les causes de la maladie et non plus seulement ses manifestations cliniques : une rupture majeure avec l'approche thérapeutique actuelle.

