Canal carpien : cette technique à base d’eau salée fait mieux que les corticoïdes et pourrait vous éviter une chirurgie
Fourmillements, douleurs, perte de force dans la main… Le syndrome du canal carpien peut vite devenir handicapant, d’autant que les traitements disponibles ne procurent pas toujours un soulagement ...

Picotements dans la paume, engourdissements, faiblesse des mains... Vous connaissez bien ces symptômes ? Vous êtes loin d'être le seul ! 5 à 10 % de la population en souffrirait aussi, majoritairement des femmes entre 50 et 59 ans. Ce sont les symptômes du syndrome du canal carpien. Ce trouble survient quand le nerf médian, qui s'étend de l'avant-bras jusqu'à la main, est comprimé lors de son passage dans un étroit conduit du poignet, le fameux « canal carpien ».
Des traitements pas toujours efficaces sur le long terme
Rassurez-vous, des traitements existent ! L'attelle nocturne, en premier lieu, destinée à soulager les douleurs en cas de forme légère à modérée, l'infiltration de corticoïdes en seconde intention quand l'attelle ne suffit plus, et enfin l'opération. En France, cette dernière concernerait près de 125 000 personnes chaque année.
Problème : il n'est pas rare que malgré les infiltrations, malgré les interventions chirurgicales, les douleurs ou les fourmillements persistent.
« L'injection traditionnelle de corticoïdes pour le syndrome du canal carpien n'offre souvent qu'un soulagement temporaire, ce qui nécessite de répéter l'intervention, explique le docteur Anupama Tandon, professeure au département de radiodiagnostic et d'imagerie de l'University College of Medical Sciences et du Guru Teg Bahadur Hospital, à Delhi (Inde) dans un communiqué de la Radiological Society of North America (RSNA). Par ailleurs, les corticoïdes comportent des risques, tels que des modifications cutanées localisées, une atrophie du tissu adipeux et un affaiblissement des tendons. »
Tester une approche alternative sur 63 patients
Cette scientifique a décidé avec ses collaborateurs d'évaluer l'efficacité d'une technique alternative appelée « hydrodissection nerveuse » qui consiste à injecter un liquide de manière ciblée afin de séparer le nerf affecté des tissus environnants qui pourraient entraver sa mobilité. Elle est déjà parfois pratiquée en complément d'un traitement par corticoïdes, mais jusqu'à présent, on ne savait pas si elle pouvait procurer un soulagement durable en l'absence de corticoïdes.
Les chercheurs ont donc recruté 63 personnes qui souffraient d'un syndrome du canal carpien non soulagé par les traitements conventionnels et les ont réparties en trois groupes :
- le premier groupe a bénéficié d'une hydrodissection guidée par échographie, utilisant du sérum physiologique (une solution saline stérile) ;
- le deuxième a suivi la même procédure, mais avec un mélange de sérum physiologique et de corticoïdes ;
- le troisième a reçu une injection de corticoïdes guidée par échographie, sans hydrodissection.
Les volontaires ont été ensuite suivis durant 12 semaines afin d'évaluer l'évolution de la douleur, de la sévérité des symptômes et de la fonction de la main et de mesurer la taille du nerf médian, un indicateur du niveau d'inflammation (gonflement).
Une solution pour éviter la chirurgie ?
Publiés dans la revue Radiology, éditée par la RSNA, les résultats montrent qu'au bout de quatre semaines, les patients des trois groupes présentaient tous une amélioration significative de leurs symptômes. Mais après, ceux qui n'avaient pas bénéficié d'une hydrodissection ont vu ensuite leurs symptômes réapparaitre progressivement.
« À 12 semaines et à 6 mois, les deux groupes ayant bénéficié d'une hydrodissection ont montré une amélioration accrue de leurs symptômes cliniques et de leur fonction, tandis que les patients ayant reçu uniquement des injections de corticoïdes ont vu leurs symptômes réapparaitre, ce qui suggère que le bénéfice initial était de courte durée », explique Anupama Tandon.
Ce fut une agréable surprise de constater qu’une intervention simple, consistant à disséquer le nerf médian sous guidage échographique à l’aide d’une solution saline, leur a permis d’obtenir un soulagement durable
Plus intéressant : l'ajout de corticoïdes au liquide utilisé pour l'hydrodissection (groupe 2) n'a pas apporté de bénéfice supplémentaire statistiquement significatif à long terme. L'utilisation d'une simple solution saline (groupe 1) s'est révélée tout aussi efficace sur la période de suivi de six mois. Par ailleurs, les groupes 1 et 2 ont vu la section du nerf médian diminuer de 43 à 45 % contre seulement 15 % pour le groupe 3, corticoïdes seuls.
« Ce fut une agréable surprise de constater qu'une intervention simple, consistant à disséquer le nerf médian sous guidage échographique à l'aide d'une solution saline, leur a permis d'obtenir un soulagement durable », s'est réjoui le Dr Tandon. Pour elle, l'hydrodissection mérite d'être considérée comme « une option peu invasive pour les formes légères à modérées du syndrome du canal carpien ; elle peut permettre de différer, voire d'éviter, le recours à la chirurgie. »
Simple, rapide, efficace, peu coûteuse… que demander de plus ?
Au-delà d'un soulagement durable des symptômes, l'hydrodissection présente plusieurs avantages pratiques :
- intervention courte (seulement 15 minutes) ;
- aucune complication significative, que ce soit immédiatement après l'acte ou durant la période de suivi ;
- degré de satisfaction élevé des patients vis-à-vis de leur traitement ;
- traitement peu coûteux ;
- pas d'anesthésie ni d'hospitalisation ;
- reprise rapide des activités et du travail.
Ces avantages pourraient faire de l'hydrodissection une option vraiment intéressante pour les personnes en quête de soulagement, sans avoir recours à la chirurgie ou à des injections répétées de corticoïdes.
Reste maintenant à confirmer l'efficacité du traitement sur le long terme. Pour cela, il faudra attendre des études sur un plus grand nombre de patients et un suivi de plus longue durée. Affaire à suivre, donc !

