Cancer du sein : 485 substances préoccupantes dans les pesticides, même parmi les ingrédients « inertes »
Que sait-on des liens entre pesticides et cancer du sein ? Une nouvelle étude américaine soulève des questions sur des substances qui passent facilement au second plan dans le débat sur leur sécurité.

Un insecticide pour protéger les plantes d'intérieur, un traitement contre les parasites au jardin : derrière ces produits, il n'y a pas qu'une substance active. Leur composition comprend aussi des solvants, des conservateurs ou d'autres ingrédients destinés à faciliter leur utilisation et à améliorer leur efficacité. Certains sont qualifiés d'« inertes », mais ces composants secondaires ne sont pourtant pas tous inoffensifs.
Dans une étude publiée dans la revue Environmental Health Perspectives, des chercheurs du Silent Spring Institute ont croisé plusieurs bases de données environnementales et sanitaires américaines. Leurs résultats mettent en lumière une zone d'ombre réglementaire.
485 substances aux effets préoccupants
L'équipe s'est appuyée sur une liste de 920 molécules ayant provoqué des tumeurs mammaires chez l'animal ou montré, dans des tests en laboratoire, une capacité à stimuler des mécanismes hormonaux susceptibles de favoriser le cancer du sein.
En croisant les données sur les usages de ces substances, les chercheurs en ont recensé 485 dans les formulations de pesticides. Parmi elles, seules 145 sont actuellement enregistrées comme ingrédients actifs auprès de l'Agence américaine de protection de l'environnement (EPA). Ce résultat attire aussi l'attention sur de nombreux composants dits « inertes ».

Pourquoi le terme « inerte » est trompeur
Dans la réglementation américaine, un ingrédient est dit « inerte » s'il n'agit pas directement contre l'organisme ciblé (l'insecte ou la mauvaise herbe). Ce terme désigne sa fonction, pas son absence de toxicité. Si ces ingrédients font l'objet d'évaluations avant leur autorisation, les auteurs soulignent des lacunes dans la prise en compte des effets potentiels sur le sein et des expositions à plusieurs substances.
« Nos résultats mettent en lumière une lacune réglementaire concernant les ingrédients dits inertes, explique la Dre Jennifer Kay, chercheuse à Silent Spring et auteure principale de l'étude. Lorsqu'on aborde la question de la sécurité des pesticides, on a tendance à se concentrer sur l'ingrédient actif. Or, l'exposition se fait à la formulation complète, et nos résultats montrent que nombre de ces autres substances chimiques peuvent également présenter un risque. »
Quels sont les risques réels pour les consommateurs ?
L'exposition ne concerne pas uniquement les agriculteurs : elle peut survenir via l'alimentation, l'eau potable ou les produits antiparasitaires à usage domestique (jardin, répulsifs, traitements anti-poux).
Cependant, les auteurs rappellent les limites de l'exercice :
- Pas de mesure directe du risque individuel : l'étude identifie la présence de ces molécules, mais ne prouve pas qu'elles déclenchent un cancer aux niveaux d'exposition de la vie quotidienne.
- Un contexte américain : ces résultats ne décrivent pas directement les produits commercialisés en France. Dans l'Union européenne, les produits phytopharmaceutiques relèvent d'un autre cadre réglementaire, qui interdit notamment certains coformulants.
Pour les auteurs, cette cartographie doit aider à identifier les substances et les mélanges à étudier en priorité. Il reste à mieux mesurer les expositions réelles et à déterminer dans quelles conditions ces produits chimiques peuvent contribuer au risque de cancer du sein.

