Cannabis et « bad trip » : pourquoi certains fumeurs sont-ils beaucoup plus vulnérables que d’autres ?
Consommer du cannabis pour se détendre et se retrouver envahi par l’angoisse : comment expliquer ce basculement ? Une étude chez la souris révèle comment un cannabinoïde peut affaiblir un « frein »...

Pourquoi une consommation de cannabis censée relaxer se transforme-t-elle parfois en crise de panique incontrôlable ou en accès de paranoïa ? Dans une étude publiée dans la revue Nature Communications, les chercheurs de l'Université Northwestern de Chicago explorent un circuit cérébral qui pourrait participer à cette réaction. Leurs expériences ont été menées chez la souris avec un cannabinoïde de synthèse.
Face à une menace, les souris réagissent davantage sous cannabis
Les scientifiques ont administré à un groupe de souris différentes doses d'un produit agissant sur des récepteurs auxquels se fixe aussi le THC, principal composé psychoactif du cannabis. Un autre groupe recevait une solution témoin.
Puis les animaux ont été exposés à une odeur évoquant la présence d'un prédateur. Sous cannabinoïde, ils ne se calmaient pas, restaient davantage à distance et s'immobilisaient plus longtemps. L'intensité de certaines réactions augmentait avec la dose.
« Des doses plus élevées de cannabinoïdes et le stress environnemental ont agi de concert », explique Sachin Patel, auteur principal, dans le communiqué universitaire. Cela ne permet cependant pas de déterminer une dose sûre pour une personne, ni de prévoir qui ressentira de l'angoisse.
Un « frein » sur la peur qui fonctionne moins bien
Les chercheurs ont observé une région du cerveau impliquée dans les réactions de peur : l'amygdale centrale. Certaines de ses cellules participent à la réaction face à une menace. Leur activité est normalement limitée par d'autres cellules, qui jouent un rôle de « frein ». Chez les souris, le cannabinoïde semblait affaiblir ce frein. Les cellules devenaient alors plus actives et les animaux restaient davantage à distance de l'odeur menaçante.
En bloquant la communication de ces cellules, les chercheurs ont pu réduire l'éloignement face au danger, sans toutefois effacer la paralysie liée à la frayeur.
Autrement dit, les chercheurs ont réduit une réaction à la menace, sans faire disparaître toutes les manifestations de peur. Ils ont identifié une pièce du mécanisme, mais pas une explication complète du « bad trip ».
Cannabis et violence : un lien observé chez plus de 265 000 personnes
Une autre étude, publiée dans Psychological Medicine, élargit la question aux violences commises ou subies. Les chercheurs du King's College de Londres ont réuni 63 études portant sur plus de 265 000 personnes, en distinguant la population générale des patients suivis en psychiatrie. Les violences étudiées pouvaient être physiques, sexuelles ou psychologiques.
Le professeur Robin Murray, auteur de l'étude, résume les résultats ainsi : « les consommateurs étaient environ deux fois plus susceptibles d'avoir commis un acte violent dans la population générale, et deux fois et demie chez les patients suivis en psychiatrie. »
Ils étaient aussi environ une fois et demie plus susceptibles d'être victimes de violence, avec un lien plus marqué chez les femmes.
Cela ne prouve pas que le cannabis provoque la violence. L’alcool, d'autres drogues ou des difficultés sociales peuvent également intervenir. Le lien avec les violences commises était d'ailleurs moins marqué dans les études suivant les personnes au fil du temps.
Si ces travaux permettent de mieux comprendre pourquoi la recherche de relaxation peut virer au cauchemar, le mécanisme identifié chez la souris reste à confirmer chez l'humain. Pour l'heure, ces découvertes ne permettent ni de déterminer une dose « sans risque », ni de prévoir qui fera une crise d'angoisse, ni de fournir un traitement pour stopper un « bad trip ».

