Ce trait de personnalité reviendrait sans cesse chez les personnes qui vivent jusqu'à 100 ans, selon la science
En Sardaigne, des personnes âgées vivant dans une région réputée pour sa longévité se distinguent par une plus grande ouverture d'esprit que leurs voisins d'une zone rurale comparable. El...

L'alimentation, l'activité physique et les liens sociaux dominent les recherches sur le vieillissement en bonne santé. Une équipe de l'université de Cagliari s'est intéressée à un facteur moins étudié : la personnalité.
Les travaux, dirigés par la psychologue Maria Chiara Fastame et publiés en juillet 2026 dans l'International Journal of Applied Positive Psychology, portent sur la « zone bleue » de Sardaigne.
Une zone bleue au cœur de l'étude
Les zones bleues désignent quelques régions du monde où vivrait une proportion inhabituelle de centenaires. Celle de Sardaigne, une zone montagneuse de l'intérieur de l'île, a été la première décrite, au début des années 2000, par les démographes Michel Poulain et Giovanni Pes, qui ont vérifié l'âge des centenaires dans les registres.
Le concept est aujourd'hui discuté. Le démographe Saul Justin Newman, de l'University College London, estime que les records d'âge extrême de plusieurs zones bleues sont faussés par des erreurs d'état civil et des fraudes aux pensions. Les démographes à l'origine du concept répondent que les âges ont été validés un par un dans les archives.
125 personnes âgées comparées
L'équipe a recruté 125 personnes âgées de 71 à 101 ans, 80 ans en moyenne, vivant à domicile. Cinquante-cinq habitaient la zone bleue et 70 une zone rurale voisine, choisie pour son contexte socio-économique et culturel proche et son accès au même système de santé publique.
Chaque participant a passé des tests cognitifs et répondu à des questionnaires sur sa santé physique et mentale, son bien-être psychologique, ses loisirs et sa personnalité. Celle-ci était évaluée selon le modèle dit des cinq grands traits : ouverture à l'expérience, conscienciosité, extraversion, agréabilité et névrosisme.

Plus d'ouverture, pas plus de santé déclarée
Premier résultat : les habitants de la zone bleue ne déclaraient pas une qualité de vie liée à la santé significativement meilleure que leurs voisins.
Ils se distinguaient en revanche par un niveau plus élevé d'ouverture à l'expérience, c'est-à-dire de curiosité, d'intérêt pour les idées nouvelles et de goût pour la nouveauté. Ils présentaient aussi de meilleures stratégies pour faire face aux difficultés, une plus grande capacité à reconnaître et réguler les émotions, et consacraient plus de temps à des loisirs stimulants sur le plan intellectuel ou physique.
Sur l'ensemble des participants, une fois pris en compte l'âge et le niveau d'études, l'ouverture, la conscienciosité et l'agréabilité étaient associées à un meilleur bien-être psychologique et à davantage de loisirs. La conscienciosité allait aussi de pair avec une plus grande satisfaction de vie. Le névrosisme, qui désigne la tendance à ressentir anxiété et émotions négatives, était au contraire associé à une qualité de vie liée à la santé plus faible.
Une influence indirecte
Les chercheurs ne pensent pas que la personnalité agisse directement sur la santé. Elle influencerait plutôt la manière de vivre : une personne curieuse serait plus encline à chercher de nouvelles expériences, à entretenir ses relations, à pratiquer des loisirs et à rester active.
Selon eux, la combinaison de traits de personnalité favorables et de bonnes capacités d'adaptation encouragerait un mode de vie plus actif, et donc un vieillissement plus réussi.
Des limites importantes
L'étude porte sur un petit nombre de participants et repose sur des données déclaratives, recueillies à un seul moment. Elle montre des associations, sans établir le sens du lien : une bonne santé peut aussi favoriser la curiosité et l'engagement dans des activités.
Elle ne mesure pas non plus la durée de vie. Elle compare des personnes âgées vivant dans deux zones, sans les suivre dans le temps ni porter spécifiquement sur des centenaires. Les auteurs appellent à des travaux plus larges, comparant plusieurs zones bleues et intégrant des données de santé objectives.

