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2 novembre 2026

Cette maladie des artères peut évoluer pendant des années sans symptôme : ce test simple permet de la repérer

Quelque 316 millions de personnes dans le monde, et une maladie qui progresse souvent sans le moindre symptôme pendant des années. Un test de dépistage existe, indolore et sans appareillage lourd :...

Cette maladie des artères peut évoluer pendant des années sans symptôme : ce test simple permet de la repérer

L'artériopathie oblitérante des membres inférieurs reste la grande oubliée du dépistage cardiovasculaire. Moins connue que l'infarctus ou l'accident vasculaire cérébral (AVC), elle relève pourtant du même mécanisme, l'athérosclérose, et son pronostic est loin d'être anodin. Des spécialistes européens plaident pour la sortir de l'ombre, en s'appuyant sur un examen que n'importe quel médecin généraliste peut réaliser en consultation.

Une maladie qui avance sans se faire remarquer

Le mécanisme est simple à comprendre. Les artères qui irriguent les jambes se rétrécissent progressivement, sous l'effet des dépôts qui s'accumulent sur leur paroi.

Le rétrécissement peut s'installer pendant des années sans produire aucun signe. Tant que le débit sanguin reste suffisant pour alimenter les muscles lors des activités quotidiennes, rien ne prévient la personne concernée.

Le premier symptôme, lorsqu'il apparaît, porte un nom technique : la claudication intermittente. Concrètement, il s'agit d'une douleur dans le mollet ou la cuisse qui survient à la marche, oblige à s'arrêter, puis disparaît au repos avant de réapparaître au même périmètre de marche. Cette régularité est caractéristique, et elle est trop souvent mise sur le compte de l'âge.

Une analyse publiée en 2026 dans la revue The Lancet Global Health estime que 316,54 millions de personnes âgées de 25 ans et plus étaient concernées dans le monde en 2023. En France, les données de Santé publique France situent la prévalence autour de 1,2 % de la population adulte.

« Nous devons sortir l'artériopathie oblitérante des membres inférieurs de l'ombre des autres maladies cardiovasculaires », plaide Farzin Adili, directeur de la clinique de médecine vasculaire, chirurgie vasculaire et chirurgie endovasculaire du centre hospitalier de Darmstadt, en Allemagne, et président de la société allemande de chirurgie et de médecine vasculaires.

Christian-Alexander Behrendt, chirurgien vasculaire et endovasculaire à Hambourg, insiste sur le même point : il ne s'agit pas d'une maladie rare, mais d'une affection fréquente, aux conséquences lourdes pour les patients comme pour le système de santé, et pourtant trop souvent diagnostiquée à un stade déjà avancé.

Les facteurs de risque, et le poids particulier du diabète

Les déterminants sont ceux de l'athérosclérose en général : le tabagisme, l'hypertension artérielle et les anomalies lipidiques.

Le diabète occupe une place à part. Il concerne aujourd'hui près de 540 millions de personnes dans le monde, et selon Christian-Alexander Behrendt, environ la moitié d'entre elles développeront au cours de leur vie une atteinte circulatoire sévère.

Cette association explique que le diabète figure parmi les premières indications de dépistage.

Les chiffres alarmants, et ce qu'ils désignent exactement

Deux statistiques circulent à propos de cette maladie, et elles méritent d'être encadrées avec précision, car leur portée est beaucoup plus restreinte que leur formulation ne le laisse croire.

La première concerne les formes les plus évoluées. Chez les patients dont les jambes souffrent d'une insuffisance circulatoire chronique, le risque d'amputation ou de décès dans les cinq ans peut atteindre 88 %, selon l'état de santé individuel.

La seconde est du même ordre : selon le profil de risque et le stade de la maladie, jusqu'à 90 % des patients peuvent être décédés, avoir subi une amputation ou avoir développé un nouveau cancer dans les cinq ans suivant leur première hospitalisation pour une forme symptomatique.

Ces pourcentages désignent les situations les plus graves, c'est-à-dire l'ischémie critique des membres inférieurs chez des patients cumulant plusieurs pathologies. Ils ne décrivent en aucun cas le pronostic d'une personne présentant une gêne à la marche récemment identifiée. L'expression « selon le profil de risque et le stade » n'est pas une précaution de style : elle porte l'essentiel de l'information.

Ce qui est en revanche solidement établi, et moins connu, c'est que la mortalité à long terme et l'incidence des cancers sont plus élevées chez ces patients que chez ceux atteints d'autres maladies cardiovasculaires. L'atteinte des artères des jambes signale en effet une maladie artérielle diffuse, qui touche aussi le cœur et le cerveau.

Les recherches se multiplient pour comprendre l'artériopathie des membres inférieurs. Les personnes qui en sont atteintes restent souvent asymptomatiques pendant de nombreuses années, voire des décennies, et sont alors diagnostiquées à un stade avancé de la maladie. © Ljubaphoto, iStock

Un quart des adultes dépistés positifs

L'ampleur du sous-diagnostic a été mesurée en Allemagne par la Hamburg City Health Study, à ce jour la seule étude de dépistage en population générale consacrée à cette maladie.

Résultat : environ un quart des adultes âgés de 45 à 74 ans présentait un index de pression systolique inférieur à 0,9, valeur considérée comme diagnostique d'un rétrécissement des artères des jambes et associée à un risque cardiovasculaire accru.

En parallèle, environ un million de personnes affiliées à l'assurance maladie publique allemande reçoivent ce diagnostic à l'hôpital. Mais les données manquent pour la médecine de ville, et le nombre de cas non recensés est jugé élevé.

Un test simple, et souvent négligé

L'examen de dépistage ne requiert aucun plateau technique. L'index de pression systolique consiste à comparer la pression artérielle mesurée à la cheville et celle mesurée au bras, à l'aide d'un doppler de poche.

Le calcul donne un rapport. Une valeur inférieure ou égale à 0,90 signe un rétrécissement des artères du bassin ou des jambes. L'examen est indolore et constitue la première intention pour le dépistage comme pour le diagnostic, avant une cartographie par écho-doppler si nécessaire.

Deux signes d'orientation précèdent souvent la mesure : la description d'une claudication intermittente à l'interrogatoire, et l'abolition des pouls perçus au pied et à la cheville.

Un piège chez les personnes diabétiques

Cette limite mérite d'être connue, car elle concerne précisément la population la plus exposée. Chez les personnes diabétiques, la paroi des artères peut se calcifier, phénomène appelé médiacalcose. Les artères deviennent rigides et résistent à la compression du brassard, ce qui fausse la mesure : l'index peut rester normal, voire se révéler augmenté, alors que l'artériopathie est bien présente.

Dans ce cas, le diagnostic repose sur la mesure de l'index au niveau de l'orteil, avec un seuil inférieur à 0,7, ou sur un écho-doppler. Un index normal chez une personne diabétique ne suffit donc pas à écarter la maladie.

Qui devrait être dépisté

Les recommandations françaises identifient plusieurs situations justifiant la mesure de l'index de pression systolique :

  • Les personnes porteuses d'une maladie athéromateuse déjà connue, quelle qu'en soit la localisation.
  • Les personnes de plus de 65 ans, ou de plus de 60 ans avec au moins un facteur de risque cardiovasculaire.
  • Les personnes diabétiques.
  • Les personnes hypertendues.
  • Les personnes présentant un excès de cholestérol.
  • Les personnes atteintes d'insuffisance rénale chronique.

L'intérêt d'un diagnostic précoce ne relève pas de la théorie. Une analyse de données d'assurance maladie montre que lorsque la maladie était identifiée avant la première hospitalisation, les résultats du traitement étaient meilleurs et les complications moins nombreuses. Un diagnostic posé tôt ouvre la porte à l'arrêt du tabac, aux modifications du mode de vie et à une prise en charge médicamenteuse optimale, avant que des gestes invasifs ne deviennent nécessaires.

La marche thérapeutique, pierre angulaire sous-utilisée

Le constat porté par les spécialistes allemands concerne autant le traitement que le dépistage. « En Allemagne, l'artériopathie oblitérante des membres inférieurs est traitée par des méthodes très invasives, par techniques de cathétérisme ou par chirurgie », déplore Farzin Adili. Il observe que, dans d'autres pays, les patients bénéficient d'un entraînement à la marche supervisé.

Le mécanisme de ce traitement est bien compris. Un exercice structuré, encadré et régulier stimule le développement de vaisseaux collatéraux, c'est-à-dire de voies de contournement naturelles, qui améliorent l'irrigation des membres.

L'argument économique s'ajoute au bénéfice clinique. Cette approche ne consomme pas de matériel comme les dispositifs de cathétérisme, n'impose pas d'hospitalisation, maintient les patients mobiles et prévient d'autres pathologies associées, cardiovasculaires notamment. Elle supposerait en revanche un soutien politique et financier, ainsi que des programmes de prévention qui n'existent pas encore.

Les recommandations françaises placent d'ailleurs la rééducation à la marche au même rang que le traitement médicamenteux dans la prise en charge de la claudication intermittente. Plusieurs modalités sont prévues : l'exercice supervisé en centre spécialisé, idéalement ; un programme mixte combinant centre et domicile, voire une télé-rééducation ; et à défaut une marche régulière, menée jusqu'au seuil de la douleur, destinée à allonger progressivement le périmètre de marche.

Des facteurs socio-économiques, des différences entre femmes et hommes et l'organisation même du système de soins pèsent par ailleurs lourdement sur la survenue, le diagnostic et le traitement de cette maladie.

Un sujet qui monte dans la littérature

Signe de cette prise de conscience, une grande revue médicale, The Lancet, consacre pour la première fois une série clinique complète à cette maladie et aux complications vasculaires du pied diabétique, avec trois articles portant respectivement sur le diagnostic et le dépistage, sur le traitement, et sur l'importance mondiale de l'affection. Christian-Alexander Behrendt en assure la coordination scientifique.

Une précision s'impose en conclusion. Une douleur à la marche qui se reproduit au même effort, des pieds froids, une plaie du pied qui ne cicatrise pas ou une douleur de jambe au repos justifient une consultation médicale, et non un auto-diagnostic. L'entraînement à la marche est un traitement, qui doit être évalué et encadré médicalement : aux stades avancés, un effort entrepris sans avis médical peut être inapproprié. Un traitement en cours ne se modifie jamais sans avis médical.

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