Des chercheurs testent un chewing-gum capable de piéger des microbes impliqués dans le cancer
Le cancer de la bouche fait partie des maladies pour lesquelles la prévention reste un enjeu majeur. Malgré les progrès médicaux, les facteurs qui favorisent son apparition ou son aggravation conti...

Le cancer de la tête et du cou, qui touche notamment la bouche, reste l'un des cancers ORL les plus redoutés, notamment parce qu'il est souvent diagnostiqué tardivement et que les traitements restent lourds. Une étude publiée dans Scientific Reports et menée par une équipe de chercheurs américains vient pourtant d'ouvrir une piste prometteuse : un chewing-gum médical capable de réduire massivement certains microbes impliqués dans l'aggravation de ce type de cancer. Testé en laboratoire sur des échantillons de patients, ce dispositif a livré des résultats suffisamment impressionnants pour susciter un réel intérêt scientifique.
Un chewing-gum pensé pour agir directement dans la bouche
L'idée est partie d'un constat simple : certains virus et bactéries présents dans la cavité buccale sont retrouvés beaucoup plus souvent chez les personnes atteintes d'un cancer de la bouche ou de la gorge. Ces microbes entretiennent un terrain inflammatoire et semblent favoriser l'agressivité de la maladie.
Pour tenter d'agir à la source, les scientifiques ont donc créé une gomme à mâcher enrichie avec deux substances naturelles :
- une protéine d’origine végétale (FRIL) extraite d'une légumineuse, le lablab, capable de capturer certains virus et de les empêcher d'agir ;
- un agent microbien connu pour sa capacité à éliminer des bactéries pathogènes particulièrement résistantes.
En associant ces deux composés, les chercheurs ont cherché à obtenir une double action : limiter la présence virale tout en assainissant l'environnement bactérien buccal.
Jusqu’à 99 % des bactéries nocives éliminées lors des tests
Les chercheurs ont testé cette innovation sur des échantillons de salive et de bains de bouche prélevés chez des patients atteints d'un cancer de la tête et du cou.
Le chewing-gum a permis de piéger une grande partie du papillomavirus humain (HPV), un virus fortement impliqué dans l'augmentation des cancers de la gorge. Mais surtout, il a quasiment fait disparaître deux bactéries très surveillées dans ce type de pathologie : Porphyromonas gingivalis et Fusobacterium nucleatum.
Après une seule exposition, plus de 99 % de ces bactéries nocives ont été éliminées en laboratoire. Pour les chercheurs, cela montre qu'une action locale dans la bouche pourrait réellement aider à diminuer certains facteurs de risque microbiens.
Les scientifiques ont également observé que les bactéries naturellement utiles à l'équilibre de la bouche étaient, elles, largement préservées. C'est un point important car de nombreux traitements, notamment la radiothérapie, perturbent souvent tout le microbiote buccal et peuvent entraîner sécheresse, infections ou déséquilibres durables.
Ici, l'extrait de gomme de haricot bio-ingénierée agit davantage comme un filtre sélectif : elle vise les microbes problématiques tout en laissant intacte une grande partie de la flore protectrice.

Une piste prometteuse qui doit encore être confirmée chez l’humain
Ces résultats restent pour l'instant expérimentaux. Aucun patient n'a encore utilisé ce chewing-gum dans un protocole médical réel. Tous les tests ont été réalisés en laboratoire sur des prélèvements biologiques.
« Nos résultats confirment l'intérêt de poursuivre les essais cliniques de ces thérapies, soit en complément des traitements actuels, soit à titre prophylactique pour prévenir l'infection et la transmission », explique Henry Daniell, de la Faculté de médecine dentaire de l'Université de Pennsylvanie et auteur principal de l'étude.
Si ces résultats se confirment chez l'humain, ce chewing-gum pourrait à terme représenter une solution complémentaire intéressante pour réduire certains facteurs de risque directement dans la bouche.
Facile à utiliser et peu contraignant, il illustre surtout une nouvelle orientation de la recherche : agir plus tôt, plus localement et de manière beaucoup plus ciblée contre les microbes impliqués dans ces cancers.

