Dormir avec de la lumière : ce que les chercheurs ont observé dans le cœur de 11 000 personnes
Volets ouverts, veilleuse allumée ou chambre plongée dans le noir : est-ce que cela change quelque chose pour notre santé ? Des chercheurs ont mesuré la lumière à laquelle plus de 11 000 personnes ...

La nuit, notre corps se repose, mais son horloge interne reste sensible à la lumière. Des chercheurs de l'université Tulane ont voulu regarder au-delà des habitudes de sommeil : que voit-on dans le cœur des personnes exposées à davantage de lumière la nuit ? Leur étude a été publiée le 9 septembre 2026 dans l’European Heart Journal. Si vous êtes plutôt de la « team petite lumière » que de la « team noir complet », les résultats pourraient vous intéresser.
Une étude à grande échelle, avec capteurs et IRM
Les 11 071 participants de la UK Biobank, âgés en moyenne de 61 ans et sans maladie cardiovasculaire connue au départ, ont porté pendant une semaine un capteur de lumière au poignet. Environ trois ans plus tard, ils ont passé une IRM cardiaque.
Les chercheurs ont comparé :
- d'un côté, les personnes les plus exposées à une lumière supérieure à 3 lux pendant leur période de repos nocturne ;
- de l'autre, celles chez qui le capteur n'avait relevé aucune exposition au-dessus du seuil de 3 lux.
Pour donner un ordre d'idée, 3 lux, c'est très peu : à peine plus qu'un filet de lumière sous une porte, ou la clarté d'une nuit de pleine lune.
Ce que l’IRM a révélé dans le cœur des participants
Chez les personnes les plus exposées à la lumière la nuit :
- la paroi du ventricule gauche (la cavité qui envoie le sang dans tout l'organisme) était en moyenne 1,5% plus épaisse ;
- la masse de ce ventricule était supérieure de 2,4% ;
- et un indicateur de sa capacité à se contracter était inférieur de 1,9%.
Des différences ont aussi été relevées dans deux autres cavités du cœur (ventricule droit et oreillette gauche), avec des signes de dilatation et de légère baisse de fonction.
À l'échelle d'une seule personne, ces écarts sont modestes. Mais sur un grand groupe, ils dessinent un signal : une exposition plus élevée à la lumière nocturne est associée à un remodelage cardiaque et à une fonction un peu moins performante.
« C'est la première étude de ce type. Elle montre qu'une exposition à des niveaux de lumière plus élevés pendant la nuit est liée à un remodelage cardiaque », explique le professeur Lu Qi, qui a dirigé les travaux.

Un risque déjà évoqué, un mécanisme encore à établir
Ce n'est pas la première fois que la lumière nocturne est pointée du doigt.
En 2025, une étude publiée dans JAMA Network Open, portant sur près de 89 000 adultes, avait déjà associé les nuits les plus lumineuses à davantage de maladies cardiovasculaires au cours du suivi.
Une petite expérience en laboratoire, publiée en 2022 dans Proceedings of the National Academy of Sciences, avait quant à elle observé une hausse de la fréquence cardiaque après une nuit passée sous une lumière modérée.
La nouveauté de l'étude de Tulane, c'est d'avoir regardé, grâce à l'IRM, des différences dans la structure même du cœur, et pas seulement dans le risque de maladie à long terme.
Il faut toutefois garder une réserve : le capteur a mesuré la lumière pendant une seule semaine, sans déterminer précisément sa source (téléphone, lampe de chevet, lumière de la rue...) ni l'éclairage de la chambre pendant chaque heure de sommeil.
Autrement dit : l'étude montre un lien, pas une relation de cause à effet absolument prouvée. Mais le lien est cohérent avec ce que l'on sait déjà sur le rôle de la lumière dans le dérèglement de l’horloge interne et du sommeil.
Et vous, dans quelle « team » dormez-vous ?
Si vous êtes de la team lumière, ces quelques changements simples, proposés par des cardiologues dans European Heart Journal, pourraient vous être utiles :
- fermer les volets ou installer des rideaux occultants si un lampadaire éclaire la pièce ;
- masquer les voyants des appareils (box, chargeurs, téléviseur en veille) ;
- éviter de laisser une lampe allumée toute la nuit ; si vous devez vous lever, privilégiez une lumière douce, orientée vers le sol.
L'idée n'est pas de virer à l'obsession du noir absolu, mais de se demander : cette lumière est-elle vraiment utile, ou est-ce une habitude que je peux modifier sans trop d'effort ?

