Douleur : une étude géante sur 6 millions de personnes révèle deux surprises majeures sur l'âge et le sexe
Et si la douleur ne touchait pas tout le monde de la même façon ? En analysant les données de plus de 6 millions de personnes dans 118 pays, une équipe internationale de chercheurs a mis au jour de...

La douleur est la principale cause d'invalidité dans le monde. Malheureusement, jusqu'à ce jour, il était impossible de caractériser la répartition de ce fardeau tout au long de la vie et dans les différentes régions du monde. Mais une équipe internationale de près de 100 chercheurs vient de faire un premier (grand) pas. Ils ont analysé les données de 6 125 459 femmes et hommes vivant dans 118 pays. Et leurs résultats, publiés dans la revue Nature Medicine, sont pour le moins riches d'enseignements !
Les femmes souffrent davantage que les hommes
Première découverte : les femmes ressentiraient davantage la douleur que les hommes. Ainsi, selon les scientifiques, sur 11 zones anatomiques - de la tête, du visage, de la région du cou et des épaules, des mains et des poignets, des coudes, des pieds et des chevilles, des genoux, de la poitrine, du dos, de la région abdominale et des hanches -, les femmes signalent systématiquement une douleur d'une intensité supérieure de +10 % à +83 % à celle signalée par les hommes. Les douleurs les plus fréquentes, chez les hommes et chez les femmes, concernaient le dos, avec une prévalence de 40 % contre seulement 2 % pour les douleurs faciales (concernant le visage).
La raison de la différence hommes-femmes ? Des études sur des modèles animaux ont bien mis en évidence qu'il existait des différences entre les sexes en ce qui concerne le mécanisme de la douleur. Mais elles ne suffisent pas à comprendre ces résultats.
Pas d’explication simple
Interrogé par le journal Medical News Today, Matt Fillingim, chercheur postdoctoral à l'Université McGill (Montréal, Canada) qui a dirigé ces recherches, donne son point de vue : « Il n'existe probablement pas d'explication unique. Cette différence reflète sans doute une combinaison de facteurs biologiques et sociaux, notamment les hormones sexuelles, la fonction immunitaire, les mécanismes de traitement de la douleur par le système nerveux, le stress, les contraintes liées à la reproduction, les expositions professionnelles, le recours aux soins de santé, ainsi que des variations dans la manière dont les symptômes sont rapportés. »
Le fait par exemple que l'ampleur des écarts hommes-femmes soit très variable selon les 11 zones corporelles étudiées suggère qu'il est en effet peu probable qu'un seul mécanisme universel soit en jeu.
Certaines différences particulièrement prononcées, comme les douleurs de migraines, celles concernant les tempes et les mandibules et celles provenant des viscères, sont en lien très direct avec la vie reproductive. Par exemple, la dysménorrhée, l’endométriose et les douleurs pelviennes contribueraient à l'intensité et la prévalence plus élevées des douleurs abdominales chez les femmes.
Autre explication : certaines douleurs qualifiées de neuropathiques apparaissant chez les hommes ne reposent pas sur les mêmes mécanismes immunitaires que chez les femmes. Des facteurs psychosociaux et des questions d'accès aux soins pourraient également intervenir, avec, chez les femmes, des taux plus élevés de dépression, d'anxiété, d'exposition à des traumatismes ou une charge importante liée aux responsabilités vis-à-vis des proches, ainsi que des retards dans le diagnostic et la prise en charge des problèmes de santé.
Un pic de douleur atteint plus tôt que ce qu'on pensait
Seconde découverte : la prévalence des douleurs auto-déclarées, tous sites anatomiques confondus et quel que soit le sexe, augmente le plus rapidement avant l'âge de 55 ans. « Cela ne signifie pas que les douleurs sont à leur paroxysme avant 55 ans, souligne Matt Fillingim. Cela signifie plutôt que, dans une grande partie du corps, la proportion de la population rapportant des douleurs augmente le plus rapidement durant cette période. Pour certaines affections, comme les douleurs au dos, à la hanche ou au genou, la prévalence continue de croître jusqu'à un âge avancé. »
Comment l'expliquer ? Pour le chercheur, le début et le milieu de l'âge adulte correspondent à la période où commencent à s'accumuler de nombreux facteurs contribuant à l'apparition de douleurs : la charge de travail physique, les blessures, la prise de poids, les maladies métaboliques, le stress, les traumatismes liés à des mouvements répétitifs... Finalement, l'augmentation observée avant 55 ans pourrait refléter les effets de ces facteurs biologiques cumulés à des facteurs psychologiques et sociaux (troubles du sommeil, anxiété, mauvaises conditions de vie...).
Renforcer la prévention
Le principal enseignement de cette étude, c'est que les femmes devraient bénéficier d'une attention plus soutenue concernant les douleurs, mais également que les efforts de préventions devraient commencer tôt, en ciblant les adultes âgés de 20 à 40 ans.
« Le fait que de nombreuses trajectoires de la douleur évoluent plus rapidement avant le grand âge suggère qu'il existe peut-être des périodes charnières propices à une prévention ou à une intervention plus précoces », confie Matt Fillingim à Medical News Today.
Si vous aussi vous souffrez, les professionnels conseillent d'éviter à tout prix de « masquer » une douleur chronique avec des antalgiques. Le premier réflexe à avoir : consulter son médecin pour identifier quels facteurs sont réellement à l'origine de la douleur. Ensuite, les efforts doivent se concentrer sur le rétablissement des fonctions et du mouvement : kiné, exercice physique, modification des mauvaises habitudes de posture, pleine conscience ou thérapies cognitives et comportementales (TCC) et, si nécessaire, traitement médicamenteux. Améliorer son sommeil, perdre du poids, cultiver l'optimise... peut aussi contribuer au soulagement. À vous de jouer !

