Hantavirus : la barrière naturelle contre certains virus est peut-être en train de céder
La mort d’un ornithologue, soupçonné d’être le patient zéro d’une épidémie d’hantavirus à bord d’un navire de croisière, révèle bien plus qu’un simple accident sanitaire : elle raconte les liens fr...

Leo Schilperoord. Ce nom dira peut-être peu à la plupart d'entre vous. Son histoire, en revanche, est impossible à ignorer. Leo Schilperoord est soupçonné d'être le patient zéro de l'épidémie d'hantavirus déclarée à bord du navire de croisière MV Hondius. Il est le premier à avoir succombé à la maladie, le 11 avril dernier.
L'ornithologue néerlandais a vraisemblablement été contaminé alors qu'il visitait une décharge, près d'Ushuaïa (Argentine). Drôle de lieu de tourisme, me direz-vous. Mais l'homme de 70 ans s'y était rendu avec l'idée d'observer le caracara à gorge blanche. L'oiseau, de la famille des faucons, fréquente les décharges pour se nourrir. Tout comme... des milliers de rongeurs !
Update on #hantavirus:As of 12 May, 12h00 CEST, a total of 11 cases, including 3 deaths, have been reported. Nine of the 11 cases are confirmed, and the other 2 are probable. All are among passengers or crew on the ship.We expect more cases given the dynamics of spread on a… pic.twitter.com/NeeLyMQFdk— World Health Organization (WHO) (@WHO) May 12, 2026
Leo Schilperoord aurait été infecté à leur contact. Car les hantavirus - des virus dits zoonotiques - se transmettent des rongeurs sauvages aux humains généralement par inhalation de poussières contaminées par des urines, des excréments ou de la salive de rats.
Les rats pygmées à longue queue présents en Argentine, tout particulièrement, sont porteurs d'une souche rare du virus dite des « Andes ». Des cas de transmission interhumaine ont été documentés il y a 30 ans déjà. Et lorsque ce virus provoque des atteintes pulmonaires graves, la mortalité peut grimper jusqu'à 30, voire 50 %.
Les spécialistes mondiaux des #Hantavirus ont publié un communiqué.????️ Mesures✅ Isolement des cas confirmés/suspects✅ Traçage actif des contacts✅ Tests précoces et répétés (PCR, IgM/IgG)✅ Éviter les rassemblements en milieux clos#AndesVirus #SantéPubliqueDetails????????1/5 https://t.co/OOfm4Q0YaF— Eric Billy ???????????????????? (@EricBillyFR) May 13, 2026
Du cas isolé au symbole d’un vivant fragilisé
L'histoire de Leo Schilperoord ne dit pas seulement la violence d'un virus rare. Elle raconte aussi la manière dont un milieu transformé par l'activité humaine peut devenir le point de rencontre entre la faune sauvage et l'homme. Une décharge attire des oiseaux, les oiseaux attirent l'attention des observateurs. Une décharge attire aussi des rongeurs, véritables réservoirs des hantavirus qu'ils entretiennent sans forcément tomber malades eux-mêmes. Tous les ingrédients sont alors réunis à l'endroit même où les frontières entre nature et aménagements humains se brouillent.
La complexité de l'histoire donne sa légitimité à l'approche One Health : la santé humaine ne peut plus être pensée séparément de celle des animaux et des écosystèmes. La prévention des zoonoses ne peut pas se limiter à l'hôpital ou au laboratoire. Elle passe aussi par la manière dont on gère les déchets, dont on aménage les territoires, dont on protège les habitats et dont on surveille la faune sauvage. Ce que les hantavirus démontrent, c'est que la nature n'est pas un simple décor. La biodiversité peut contribuer à limiter la circulation de certains agents infectieux.
.@WHO’s assessment on #hantavirus continues to be that the risk to health globally is low.My latest update ⬇️ pic.twitter.com/gnm9pbqaF3— Tedros Adhanom Ghebreyesus (@DrTedros) May 12, 2026
La richesse de la biodiversité en rempart ?
Plusieurs travaux ont montré que la richesse en espèces peut, dans certains contextes, réduire la circulation des hantavirus. Ce que les scientifiques appellent l'effet de dilution. Ils l'ont observé sur le terrain. Dans un environnement riche en espèces, le virus ne circule pas toujours aussi facilement, parce que les hôtes les plus compétents ne sont pas seuls en scène. La présence d'autres espèces peut freiner la transmission, perturber les contacts, réduire la densité des réservoirs ou limiter leur domination.
À l'inverse, quand les milieux s'appauvrissent, certains rongeurs les plus adaptés aux perturbations humaines peuvent prendre l'avantage. Et avec eux, le risque infectieux augmente. Cette idée a été particulièrement étudiée pour les hantavirus parce que les rongeurs réservoirs sont bien identifiés et que les variations de leur abondance sont relativement faciles à relier aux changements de paysage.
Mais l'histoire que nous enseigne la science, c'est que rien n'est jamais aussi simple. L'effet de dilution dépend des espèces en présence, du type d'habitat, de l'échelle étudiée et des mécanismes écologiques (compétition, prédation, contacts, etc.) à l'œuvre. Autrement dit, un milieu plus diversifié n'est pas automatiquement un milieu moins à risque. La dynamique est complexe et elle oblige à regarder chaque territoire comme un assemblage fragile. Tout dépend de qui y vit, de la manière dont les espèces interagissent et de la place que les humains occupent dans ce paysage.
C'est là que l'hantavirus devient réellement cas d'école. Il met en lumière la façon dont nous transformons les paysages, la place que nous laissons au vivant et les conséquences sanitaires de ces choix. Entre une décharge d'Ushuaïa, des rongeurs opportunistes et un bateau de croisière traversant l'Antarctique, toute une chaîne écologique et humaine apparaît soudain au grand jour. Le cas du MV Hondius ne raconte pas seulement l'histoire d'une contamination. Il révèle aussi combien les déséquilibres écologiques finissent toujours par nous rattraper...

