Le chikungunya pourrait se propager en Europe : le scénario épidémique qui inquiète les chercheurs
Longtemps cantonné aux zones tropicales, le chikungunya pourrait bientôt s’installer durablement dans les pays du Nord, notamment en Europe. Porté par l’expansion fulgurante du moustique-tigre et a...

Une maladie tropicale, le chikungunya ? Aujourd'hui c'est sûr, mais les choses pourraient rapidement changer.
L'année dernière déjà, à la fin du mois de mai, huit cas de cette maladie virale transmise par les moustiques avaient été enregistrés en France métropolitaine. Un niveau jamais observé si tôt dans l'année !
Et cette progression ne concerne pas seulement la France. Une étude publiée en 2025 dans Lancet Planetary Health révélait que le chikungunya, comme la dengue, pourrait devenir endémique en Europe. En cause : le réchauffement climatique qui favorise la propagation du moustique-tigre, un des deux vecteurs de la maladie avec le moustique Aedes aegypti.
Le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) estime qu'au cours des deux premiers mois de l'année 2026, environ 33 000 cas symptomatiques de chikungunya ont déjà été recensés dans le monde, dont neuf décès, principalement en Amérique du Sud. Actuellement, le virus n'est pas endémique en Europe ni en Amérique du Nord, où la majeure partie des cas se limite aux voyageurs de retour de régions tropicales ou subtropicales.
Selon une équipe de chercheurs chinois, dont l'étude vient d'être publiée dans Frontiers in Cellular and Infection Microbiology, l'Europe centrale, l'Amérique du Nord et l'Asie de l'Est pourraient être concernées au premier chef.
« À l'heure actuelle, 139 pays ou régions, représentant 21,3 % des terres émergées, sont considérés comme des zones à risque pour le virus chikungunya. Or, nos modèles climatiques montrent que le virus continuera de se propager vers le nord, dans les régions tempérées, notamment dans le nord-est de l'Amérique du Nord, en Europe centrale et en Asie de l'Est », explique le Dr Ye Xu, chercheur à l'Université de Zhejiang à Hangzhou, en Chine, et co-auteur principal de l'étude.

Un modèle basé sur les prévisions du Giec
Pour mettre leurs résultats en évidence, le Dr Ye Xu et ses collègues ont modélisé les besoins écologiques du virus chikungunya (qui entraîne la maladie) et des deux moustiques vecteurs à partir de dizaines de milliers de données géolocalisées de leur présence à travers le monde.
Ils ont projeté l'évolution de leurs aires de répartition actuelles d'ici à 2100 en se basant sur 16 scénarios climatiques élaborés par le Giec, décrivant cinq trajectoires alternatives pour le développement socio-économique mondial.
Les chercheurs ont intégré dans leurs modèles différentes variables, comme la vitesse du vent, l'altitude, les précipitations, les températures minimales et maximales, etc. Objectif : identifier les régions émergentes à haut risque de chikungunya, afin de donner aux autorités sanitaires le temps nécessaire pour se préparer à de futures épidémies.
« Le changement climatique affecte le chikungunya principalement en modifiant l'habitat de ses moustiques vecteurs, explique le Dr Yang Wu qui a participé à l'étude. Dans notre étude, le moustique-tigre asiatique s'est révélé particulièrement important, expliquant plus de 70 % de la distribution prévue du virus. »
Le moustique-tigre dans le viseur
Selon les chercheurs, si le moustique-tigre est particulièrement en cause, c'est qu'il est plus résistant aux températures plus basses que le moustique Aedes aegypti. Le réchauffement climatique pourrait ainsi lui permettre de s'implanter dans des régions autrefois trop froides, et ainsi augmenter la transmission locale de la maladie du chikungunya.
Le saviez-vous ?
Douleurs articulaires intenses, maux de tête, fièvre, douleurs musculaires, éruptions cutanées… Le chikungunya est une infection virale transmise à l’Homme par les moustiques, notamment par le fameux « moustique-tigre » (Aedes albopictus, une des cent espèces les plus invasives au monde, identifiable à ses rayures noires et blanches) et Aedes aegypti. Ces deux espèces sont également en cause dans la transmission de la dengue, de l’infection à virus Zika et de la fièvre jaune.
Les modèles des chercheurs montrent que le centre nord de l'Europe, le nord-est de l'Amérique du Nord et l'Asie orientale sont systématiquement des zones à risque, même si l'étendue précise de la maladie dépendra du scénario climatique. Pour eux, des systèmes de surveillance des moustiques et des mesures de santé publique adaptées doivent absolument être mis en place d'ici 2040.
« Il n'y a pas lieu de paniquer, mais les systèmes de santé doivent se préparer au plus tôt, explique le Dr Ye Xu. Par exemple, les autorités sanitaires peuvent agir dès maintenant en surveillant les moustiques Aedes, en formant les médecins à reconnaître rapidement le chikungunya, en renforçant la lutte antivectorielle et en mettant en place des plans d'intervention rapide avant l'apparition d'épidémies. Ces mesures sont particulièrement importantes dans les régions tempérées où la maladie n'a pas constitué un problème de santé publique récurrent. »
Préparons-nous surtout à l'idée que des maladies jugées improbables en France deviennent prochainement très banales...

