Logo Laboratoire FèsLaboratoire Fès
Retour aux actualités
15 septembre 2026

On pensait les antioxydants protecteurs : dans certaines tumeurs, ils pourraient au contraire aider le cancer

Les radicaux libres ont mauvaise réputation. Ils endommagent l’ADN et sont associés au vieillissement et au cancer. Mais une découverte surprenante vient bousculer cette vision : certaines cellules...

On pensait les antioxydants protecteurs : dans certaines tumeurs, ils pourraient au contraire aider le cancer

L'oxygène est un paradoxe. Indispensable à la vie, c'est aussi une molécule hautement réactive, potentiellement toxique pour l'organisme. Il est capable de donner naissance à des molécules instables susceptibles d'occasionner des dégâts considérables à nos cellules, notamment à l'ADN, et d'augmenter le risque de cancer et le vieillissement. On nomme ces dérivés « espèces réactives de l'oxygène » (reactive oxygen species, ou ROS) ou encore « radicaux libres ».

Pourquoi les antioxydants sont inefficaces contre le cancer ?

C'est pour neutraliser ces molécules hautement toxiques que l'on recommande généralement de consommer des aliments riches en antioxydants (polyphénols, caroténoïdes, vitamine C, vitamine E, etc.) ou de se complémenter. Malheureusement, les essais cliniques menés à ce jour indiquent clairement que la prise d'antioxydant sous forme de compléments n'offre pas la protection espérée contre le cancer. Des scientifiques ont même montré que certains compléments augmentent le risque de cancer, notamment de la peau, des poumons ou de la prostate.

Comment expliquer ce paradoxe ? La question est débattue depuis plusieurs années. Mais une équipe de chercheurs britanniques a peut-être trouvé la réponse à cette question. Selon les résultats de leur étude, publiée dans la célèbre revue Science, les ROS seraient indispensables à l'activation de certaines cellules immunitaires chargées de détruire les cellules cancéreuses.

Une petite dose de radicaux libres pour booster les lymphocytes T

En analysant le liquide entourant les cellules au sein des tumeurs, les scientifiques ont découvert que les cellules cancéreuses créent un environnement riche en antioxydants qui « étouffent » chimiquement les lymphocytes T. L'équipe a aussi identifié des taux élevés d'une enzyme antioxydante appelée peroxyrédoxine-1 (PRDX1) capable de neutraliser les ROS dans le microenvironnement tumoral, privant ainsi les lymphocytes T des signaux nécessaires à leur activation et à l'attaque des cellules cancéreuses.

« L'une des découvertes surprenantes est que les antioxydants ne sont pas toujours bénéfiques dans le contexte du cancer, commente le Docteur Robert L. Eil, un des principaux auteurs de l'étude. Bien que les espèces réactives de l'oxygène puissent sembler dangereuses, les lymphocytes T en ont en réalité besoin pour accomplir leur mission de lutte contre les tumeurs. Nous avons découvert que les tumeurs peuvent exploiter cette dépendance des lymphocytes T en éliminant les espèces réactives de l'oxygène dont le système immunitaire a besoin. »

Pour les auteurs, cette découverte ouvre plusieurs nouvelles pistes de traitement anti-cancer novatrices : molécules capables de neutraliser les antioxydants produits par les tumeurs, thérapies bloquant l'activité de la protéine PRDX-1, cellules immunitaires modifiées pour résister aux effets inhibiteurs des antioxydants produits par la tumeur.

« Chaque fois que nous mettons au jour un nouveau mécanisme par lequel les tumeurs inhibent le système immunitaire, nous gagnons une nouvelle possibilité de riposter, explique Robert L. Eil. C'est ainsi que l'on élabore de meilleurs traitements. »

Autres actualités