Pics de glycémie : cet aliment pris avant le repas pourrait aider à les limiter, selon des chercheurs
Et si un geste tout simple, à réaliser avant de passer à table, permettait de limiter les pics de glycémie après le repas ? Des chercheurs viennent d’explorer un mécanisme étonnant, qui fait interv...

Vous suivez Jessie Inchauspé, alias la « Glucose Goddess », sur les réseaux sociaux ? Vous avez peut-être même lu son livre Faites votre Glucose Revolution ? Si oui, vous avez probablement entendu parler de l'astuce visant à boire une cuillérée à café de vinaigre de cidre diluée dans un verre d'eau avant les repas pour freiner le passage de glucose dans le sang, et ainsi limiter le stockage de graisse. La crédibilité de cette astuce, devenue très populaire grâce à la notoriété de cette influenceuse, avait été renforcée par un petit essai clinique publié en mars 2024 dans la revue BMJ Nutrition, Prevention & Health.
Des solutions qui manquent de validation
Critiquée par plusieurs scientifiques et médecins en raison de son manque de sérieux, les éditeurs de la revue avaient cependant décidé d'en reprendre les données. Leur conclusion : elle présentait de nombreuses erreurs statistiques, mais surtout il était impossible de parvenir aux mêmes résultats. En décembre 2025, l'étude était rétractée.
Si cette anecdote montre qu'il vaut toujours mieux se méfier des conseils des influenceurs (surtout s'ils ont des choses à vendre, comme des livres, des formations... ou des compléments « anti-spike » !), l'idée de modifier l'ordre des aliments que l'on consomme au cours d'un repas pour limiter les pics de sucre sanguin n'est pas totalement absurde.
Plusieurs études cliniques ont par exemple montré que la consommation de légumes, de protéines ou de graisses avant les glucides pouvait aider à limiter ces hausses. Pour les personnes diabétiques, c'est un moyen simple et pratique de contrôler la glycémie sans avoir à supprimer des groupes d'aliments entiers. Cela permettrait de ralentir la vidange gastrique et donc de faire passer plus lentement les aliments de l'estomac vers l'intestin grêle, tout en provoquant la libération accrue d'hormones appelées incrétines, dont le fameux GLP-1, qui aident l'organisme à réguler la glycémie.
Et si le secret tenait au moment où l’on mange certains aliments ?
Pour mieux comprendre comment les hormones produites par l'intestin et le pancréas interagissent avec le système nerveux pour produire ces effets, des chercheurs japonais de l'université de Kyoto ont décidé d'étudier quel serait l'effet sur la glycémie, l'activité hormonale et la vitesse de vidange gastrique d'une consommation de graisses avant ou après une ingestion de glucose. Leur objectif : essayer de déterminer si le moment où l'on consomme les graisses influence la manière dont l'organisme traite le glucose.
Les souris, qui avaient jeuné durant une nuit, ont été réparties en trois groupes :
- un premier dans lequel elles avaient reçu de l'eau suivie de glucose ;
- un deuxième dans lequel elles recevaient de l'huile d'olive, suivie 15 minutes plus tard par du glucose ;
- un troisième où elles recevaient du glucose en premier, et de l'huile d’olive 15 minutes après.
Certaines d'entre elles étaient diabétiques.
Les scientifiques ont ensuite mesuré la glycémie ainsi que les taux de plusieurs hormones impliquées dans la régulation du sucre sanguin : insuline, glucagon (associé à une augmentation de la glycémie), ainsi que GIP et GLP-1 (qui contribuent à réguler le taux de glucose après le repas).
Glycémie : ce qui change quand on commence par l’huile d’olive
Publiés dans le journal Diabetes, les résultats révèlent que lorsque l'huile d'olive est administrée avant le glucose :
- l'élévation initiale de la glycémie est moindre que lorsqu'elle est administrée après ;
- la vidange gastrique est ralentie ;
- le glucagon, le GIP et le GLP-1 augmentent précocement.
Chez les souris diabétiques présentant une carence sévère en insuline, ces effets sont également observés, ce qui suggère que cette réponse peut fonctionner même lorsque la régulation normale de l'insuline est considérablement altérée.
Résultat surprenant : même quand les chercheurs bloquaient la signalisation du glucagon ou celle du GLP-1, l'effet hypoglycémiant de la consommation d'huile d'olive avant le glucose persistait. En revanche, lorsque les deux voies de signalisation étaient bloquées simultanément, l'effet bénéfique était réduit. Ceci suggère que le glucagon et le GLP-1 agissent de concert au sein d'un système plus complexe contribuant à modérer la glycémie lorsque des graisses sont consommées avant des glucides. Elle révèle également que le glucagon, malgré son rôle bien connu dans l'élévation de la glycémie, peut participer à une réponse limitant finalement la hausse du glucose après le repas.
La même expérience menée sur des souris dont on avait sectionné le nerf vague (qui relie l'intestin à l'encéphale) montre que la communication intestin-cerveau contribue également à la réponse de l'organisme à l'ingestion des nutriments dans un ordre précis.
Pour réguler la glycémie, l’intestin et le cerveau jouent aussi leur partition
En résumé : il existe une interaction coordonnée entre les hormones digestives, les signaux pancréatiques et le système nerveux pour contrôler la vitesse à laquelle le glucose pénètre dans l'intestin et donc pour réguler la glycémie. Et cela pourrait avoir des implications pratiques pour la prise en charge du diabète.
D'autres études, notamment des essais cliniques chez l'homme, seront nécessaires pour valider ces premiers résultats. Mais cette étude suggère que modifier l'ordre dans lequel les aliments sont consommés, par exemple en prenant une cuillérée d'huile d'olive avant de manger, pourrait être une manière relativement simple et facile de réguler sa glycémie. En tout cas, bien plus accessible que les régimes imposant d'exclure certains groupes d'aliments.

