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14 octobre 2026

Pourquoi vos parents ne se plaignent jamais : la psychologie a une explication

Les enfants du baby-boom ont grandi dans une France où l'école s'arrêtait tôt pour beaucoup et où le métier se choisissait souvent selon les besoins de la famille. Avant la réforme de 195...

Pourquoi vos parents ne se plaignent jamais : la psychologie a une explication

Les baby-boomers sont souvent définis, selon une convention venue des États-Unis, comme les personnes nées entre 1946 et 1964. Ils ont grandi dans une France en reconstruction, puis en forte croissance, souvent au sein de familles nombreuses.

Leurs conditions de vie dans l'enfance diffèrent profondément de celles des générations suivantes. Les données sur l'école et l'entrée dans la vie active permettent de mesurer cet écart. Les interprétations psychologiques qu'on en tire appellent davantage de prudence.

Une scolarité plus courte

Pour les enfants nés avant 1953, l'instruction obligatoire s'arrêtait à l'âge de 14 ans, un âge fixé par la loi Jean Zay de 1936. La réforme Berthoin de 1959 l'a portée à 16 ans pour les enfants nés à partir du 1er janvier 1953, une mesure effective à partir de 1967. L'accès aux études longues restait limité. En 1970, la proportion de bacheliers dans une génération atteignait environ 20 %. Elle approchait 26 % en 1980, contre plus des trois quarts aujourd'hui.

Une partie des enfants participait aussi très tôt aux travaux de la famille, en particulier dans les exploitations agricoles, l'artisanat et le petit commerce. Le choix d'un métier dépendait alors largement des besoins du foyer et du milieu social, plus que d'une aspiration personnelle. Ces contraintes pesaient davantage encore sur les filles, dont les études et les choix professionnels restaient fortement encadrés par les normes de l'époque.

Une enfance plus libre

Cette époque offrait aussi davantage de liberté au quotidien. Les enfants passaient beaucoup de temps dehors, souvent sans adulte, et inventaient leurs propres jeux. Les désaccords entre enfants se réglaient le plus souvent entre eux.

Le psychologue américain Peter Gray, chercheur au Boston College, défend depuis longtemps l'idée que ce jeu libre favorise l'autonomie, la gestion du risque, la résolution des conflits et la capacité à faire face aux difficultés. Ses travaux reposent en grande partie sur des observations et des comparaisons historiques, qui ne permettent pas d'isoler l'effet du jeu des autres changements de société.

Ils ont appris à « serrer les dents » très jeunes : le prix caché payé par toute une génération. © Milorad Kravic, iStock

Responsabilités précoces et sentiment de contrôle

Assumer des responsabilités jeune a pu renforcer chez certains le sentiment d'avoir une prise sur sa propre vie. Les psychologues parlent de « locus de contrôle » pour décrire la manière dont une personne attribue ce qui lui arrive à ses propres actions ou à des forces extérieures.

Le concept a été formulé par le psychologue américain Julian Rotter dans les années 1950 et 1960, puis largement développé par le psychologue canadien Herbert Lefcourt. Leurs travaux le relient à divers comportements, notamment face à l'apprentissage et à la réussite. Ils ne montrent pas pour autant qu'une génération entière partagerait un même profil.

Résister ne veut pas dire être invulnérable

La notion de résilience, popularisée en France par le neuropsychiatre Boris Cyrulnik, désigne la capacité à se reconstruire après des épreuves. Elle n'implique ni invulnérabilité ni obligation de tenir le coup seul. Boris Cyrulnik insiste au contraire sur le rôle de l'entourage affectif et des relations dans la reconstruction.

Dans les familles du milieu du XXe siècle, l'expression des émotions était souvent moins encouragée qu'aujourd'hui. Beaucoup d'enfants ont appris qu'il fallait être fort, travailler dur et ne pas se plaindre. Cette éducation a pu aider à supporter les difficultés, mais aussi conduire certains à taire leurs souffrances.

Les générations plus récentes accordent davantage de place à l'identification et à l'expression des émotions. Cela ne signifie pas qu'elles résistent moins : la capacité à reconnaître ses limites et à demander de l'aide relève elle aussi de la solidité psychologique.

Consulter un professionnel reste possible à tout âge. En France, le dispositif Mon soutien psy permet la prise en charge de séances chez un psychologue partenaire, et le médecin traitant peut orienter vers un accompagnement adapté.

Des contextes, pas des caractères

Ces différences tiennent aux conditions de vie, pas à une nature propre à chaque génération. Au sein d'une même cohorte, les trajectoires varient fortement selon le milieu social, le sexe, le lieu de vie et l'histoire familiale.

Un enfant d'agriculteurs entré en apprentissage à 14 ans au milieu des années 1960 et un enfant de cadres devenu bachelier au début des années 1980 appartiennent tous deux au baby-boom. Leurs parcours n'ont pourtant presque rien en commun.

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