Psychologie : cette étude explique pourquoi le cerveau humain ne serait plus du tout adapté à la vie moderne
Stress, solitude, anxiété : une partie des maux contemporains pourrait s'expliquer par un décalage entre l'environnement dans lequel l'espèce humaine a évolué et celui dans lequel el...

L'idée d'inadéquation évolutive n'est pas nouvelle. Elle décrit des situations où des traits apparus pour s'adapter à un environnement deviennent défavorables dans un environnement différent. Le goût pour les aliments sucrés et gras, avantageux quand la nourriture était rare, en est l'exemple le plus cité.
Dans un article publié en avril 2026 dans la revue Behavioral Sciences, quatre chercheurs travaillant à Singapour étendent cette logique à la vie sociale. L'équipe compte notamment le psychologue Jose Yong, de l'université James Cook à Singapour, et la psychologue environnementale Sarah Chan, de l'université de technologie et de design de Singapour.
Des instincts façonnés pour de petits groupes
Selon les auteurs, les êtres humains ont évolué pendant des centaines de milliers d'années au sein de petits groupes de personnes familières, face à des menaces immédiates et identifiables. Leur environnement actuel est radicalement différent : de grandes villes, des communautés fragmentées, une connexion permanente et des pressions multiples qui se cumulent.
Ils rattachent à ce décalage une large gamme de problèmes contemporains, des allergies, de la myopie et de l'obésité jusqu'à l'anxiété chronique, la solitude et la baisse très marquée de la fécondité dans certains pays.

La compétition au cœur de l'hypothèse
L'apport principal de l'article est ce que les auteurs appellent l'hypothèse de l'inadéquation évolutive sociale et de la compétition. Selon eux, plusieurs caractéristiques des sociétés modernes renforcent la compétition, réelle et ressentie : la taille croissante des populations, l'affaiblissement des communautés, la hausse des inégalités et l'exposition constante à des signes de statut social amplifiés.
Les réseaux sociaux illustrent ce mécanisme. Dans un petit groupe, chacun pouvait situer assez facilement sa place. Aujourd'hui, la comparaison s'étend à des proches, à des célébrités et à des inconnus. Pour Jose Yong, la compétition n'est pas nouvelle, mais la vie moderne peut donner le sentiment qu'elle ne s'arrête jamais.
Les auteurs ajoutent l'effet de ce qu'ils nomment la polycrise : changement climatique, pandémies, instabilité économique, bouleversements technologiques comme l'essor de l'intelligence artificielle. Ces crises se renforceraient mutuellement. La hausse du coût de la vie et des inégalités accroîtrait ainsi l'insécurité financière et sociale, favorisant l'épuisement professionnel et le repli sur soi.
Des pistes pour les villes et le numérique
Pour Sarah Chan, le stress et la solitude sont souvent traités comme des problèmes individuels, alors qu'ils pourraient aussi refléter ce décalage avec l'environnement. Cela invite à agir sur la conception des villes et des quartiers, et pas seulement sur la résilience de chacun.
Les auteurs proposent d'aménager des espaces urbains moins oppressants, en privilégiant les espaces verts et les lieux de rencontre. Ils ne prônent pas de revenir sur les technologies numériques, mais suggèrent de concevoir des plateformes qui réduisent la comparaison sociale au lieu de l'encourager.
Une hypothèse à tester
L'article ne présente aucune donnée nouvelle. Il rassemble des études et des théories existantes pour proposer un cadre d'interprétation, que les auteurs présentent eux-mêmes comme une explication parmi d'autres, à côté des explications psychologiques, sociales et économiques. Ils appellent à des études de terrain pour mesurer comment l'environnement influence le sentiment de compétition et le bien-être.
Le concept d'inadéquation évolutive fait aussi l'objet de critiques. La biologiste américaine Marlene Zuk a notamment reproché à certaines de ses applications d'idéaliser un passé ancestral unique, alors que les environnements humains ont toujours varié et que l'évolution humaine se poursuit. Plus largement, les explications évolutionnistes du comportement sont difficiles à mettre à l'épreuve, faute de connaître précisément les conditions de vie passées.
Le rôle des réseaux sociaux dans la dégradation de la santé mentale reste lui aussi débattu. Plusieurs chercheurs, dont la psychologue Candice Odgers, estiment que les études disponibles montrent des associations faibles et ne permettent pas d'établir de lien de cause à effet.
Un stress persistant, un sentiment de solitude durable ou une anxiété qui envahit le quotidien ne relèvent pas seulement d'explications générales sur la société. Ils justifient d'en parler à un médecin ou à un psychologue.

