Votre produit ménager sent bon ? Dans l’air, il peut déclencher une réaction qui produit des particules ultrafines à éviter !
Une maison fraîchement nettoyée, une agréable odeur de citron ou de fleurs et cette délicieuse sensation d’avoir enfin fait place nette… Et si ce petit plaisir si familier cachait une réalité bien ...

Vous vous êtes démené toute la matinée pour faire le ménage de votre domicile, et vous vous autorisez à enfin vous reposer dans votre canapé pour apprécier votre effort : ah, quelle bonne odeur de propre !
Désolé d'interrompre votre petit moment de satisfaction, mais vous feriez mieux de faire disparaître ces odeurs de citron, de fleur ou d'eucalyptus le plus rapidement possible ! Selon des scientifiques de l'université de Purdue dans l'Indiana aux États-Unis, les composants odorants des produits de nettoyage parfumés, même ceux qui proviennent d'huiles essentielles naturelles, sont loin d'être anodins pour la santé.
Ce qui se passe dans l’air juste après le ménage
De précédentes études ont montré que certaines molécules de la famille des terpènes, comme le « pinène » du pin émis naturellement par les plantes, réagissent avec l'ozone pour créer des nanoparticules en suspension dans l'air. On sait aujourd'hui que ces nanoparticules sont capables de s'agréger et d'ensemencer les nuages, même si dans la nature, ce processus est très lent en raison des très faibles concentrations... ce qui n'est pas le cas des produits ménagés !
On y retrouve en effet des terpènes comme le pinène, le limonène (citron), le thymol (thym) ou le linalol (lavande) à des concentrations 10 à 100 fois supérieures à celles trouvées naturellement en extérieur.
Pour tester comment ces molécules s'accumulent dans le milieu intérieur, les auteurs de cette nouvelle étude ont testé des produits liquides parfumés classiques ainsi que des sprays et des lingettes désinfectants à base de plantes dans une maison témoin installée sur le campus de Purdue, sorte de laboratoire miniature équipé de multiples capteurs.
Présentée au symposium de l'American Chemical Society (ACS) qui s'est déroulé du 23 au 27 août dernier à Chicago, leur découverte révèle que les réactions chimiques à l'origine de la formation des nanoparticules à l'extérieur se produisent aussi à l'intérieur, mais plus rapidement et à des concentrations plus élevées.
Quelques minutes suffisent
Des activités comme le lavage des sols, la pulvérisation de produits nettoyants sur les comptoirs et le nettoyage des surfaces avec des produits parfumés ont généré des milliards, voire des billions de particules, selon le produit utilisé. La plupart de ces particules, appelées aussi particules ultrafines, mesuraient entre 1 et 30 nanomètres, une taille souvent indétectable par les appareils de mesure de la qualité de l'air domestiques. En les suivant, les chercheurs ont observé que le nettoyage régulier pouvait générer une pollution par particules ultrafines à des niveaux supérieurs à ceux de la pollution de l’air extérieure.
Ce qui a le plus surpris les chercheurs, c'est la rapidité avec laquelle ces particules se formaient et grossissaient : le processus ne prenait que quelques minutes. « Le temps de finir le nettoyage d'un espace intérieur, vous avez déjà généré une grande quantité de nanoparticules et les avez inhalées », explique Brandon Boor, spécialiste de qualité de l'air intérieur et auteur principale de l'étude.
Des particules susceptibles de pénétrer profondément dans nos organes
Et tout ceci ne serait pas sans risque pour la santé ! En effet, les particules ultrafines sont suffisamment petites pour se déposer dans les voies respiratoires et profondément dans les poumons. Elles peuvent alors contribuer à l'irritation et à l'inflammation du système respiratoire, ou potentiellement pénétrer dans la circulation sanguine.
« Nous avons démontré que les réactions de l’ozone intérieur avec les parfums des produits de nettoyage produisent des nanoparticules dont la dose respiratoire est comparable, voire supérieure, à celle que l'on subirait en se tenant à l'extérieur, près d'une route très fréquentée, poursuit le chercheur. La composition des particules est différente, mais la dose totale peut être plus élevée. On ne voit ni fumée, ni poussière, ni brume dans l'air. On a plutôt l'impression que l'air sent bon, donc qu'il est propre. »
Les bonnes mesures pour être moins exposé
Selon lui, plusieurs mesures peuvent être mises en œuvre pour réduire l'exposition quand on fait le ménage. Elles sont très simples :
- choisir des produits peu parfumés ou - mieux - sans parfum ;
- éviter d'utiliser plusieurs produits parfumés au cours d'une même séance de nettoyage :
- actionner les systèmes de ventilation ou ouvrir les fenêtres pour aérer la pièce ;
- ne pas nettoyer des surfaces avec des produits parfumés tout en utilisant des appareils générateurs d'ozone, tels que des lampes à rayonnement UV-C lointain.
Si vous souhaitez aller plus loin, n'hésitez pas à recourir à des produits d’entretien naturels : cristaux de soude, savon noir, savon de Marseille, vinaigre ou acide citrique qui sont bien plus redoutables contre la saleté qu'on ne le pense généralement. Et ils n'émettent aucun parfum.
À bon entendeur !

